samedi 25 août 2012

Psychologie de la douleur chronique : nouveaux concepts, nouvelles thérapies…

Les connaissances dans le domaine de la psychologie de la douleur chronique ont beaucoup évolué durant les 10 dernières années : les courants de pensée cognitivistes et comportementalistes ont permis de dépoussiérer les connaissances sur le sujet.




Le Journal de Thérapie Comportementale et Cognitive (TCC) a publié en 2011 une courte revue de la littérature [1] sur le thème « La dépression et l’anxiété dans la douleur chronique ». L’auteur y présente les 4 situations les plus fréquemment rencontrées chez les patients présentant un syndrome douloureux chronique :
  • La dramatisation (ou catastrophisme)
  • La peur de la douleur (algophobie) et/ou du mouvement (kinésiophobie)
  • La non-acceptation de la chronicité de la douleur
  • Le faible sentiment d’efficacité personnelle
Ces 4 éléments constituent autant de facteurs de fragilisation qui limitent les capacités du patient à faire face à la douleur chronique ; ce sont les cibles principales des thérapies cognitives et comportementales (TCC). Si ces thérapies n’ont qu’un faible impact sur l’intensité de la douleur chronique (mais n’est-ce pas également le cas d’un grand nombre de médicaments ?), elles influencent favorablement et durablement le vécu des patients [2]. La thérapie d’acceptation et d’engagement et la méditation de pleine conscience (mindfulness) font partie des TCC de dernière génération : elles semblent prometteuses, notamment pour lutter contre les évitements cognitifs et comportementaux…





Références

dimanche 19 août 2012

Les établissements de santé français remplissent-ils les exigences de la Haute Autorité de Santé en termes de prise en charge de la douleur ?

La certification des établissements de santé est une procédure d’évaluation externe, menée par des professionnels de santé mandatés par la Haute Autorité de Santé (HAS). Les visites de certification sont menées sur la base d’un manuel, qui permet d’évaluer le fonctionnement global de l’établissement de santé. La 3e génération de cette démarche de certification a pris le nom de "v2010", du fait de son lancement en janvier 2010. Elle s’achèvera le 31 décembre 2014 : au total 2646 établissements de santé auront alors été visités. Au cours de cette 3e génération, la prise en charge de la douleur constitue une des 13 "pratiques exigibles prioritaires" : cela signifie que le niveau d'exigence est plus élevé que pour les autres thématiques.


Source : site de la HAS


La Haute Autorité de Santé publie dans le numéro estival de son "webzine" un bilan partiel prenant en compte les dossiers des 817 premières visites. Premier élément important, 91% des établissements de santé obtiennent leur certification, même si des réserves sont émises dans 8,4% des cas (elles devront être levées au maximum dans les 4 ans après la visite).


 
Source : site de la HAS


Concernant la prise en charge de la douleur (critère 12a) :
  • 73% des établissements visités (soit 599 sur 817) remplissent au moins 80% des exigences de la HAS, ils sont donc considérés comme fonctionnant correctement ;
  • 22% (soit 183 établissements) sont concernés par une "recommandation", ce qui signifie qu'ils remplissent entre 60% et 80% des exigences de la HAS : ils sont alors encouragés à améliorer leur fonctionnement d'ici la prochaine visite ;
  • 4% (soit 30 établissements) obtiennent une "réserve", ce qui signifie qu'ils remplissent entre 40% et 60% des exigences de la HAS : la prise en charge de la douleur fait alors l'objet soit d'un rapport de suivi soit d'une nouvelle visite de conformité avant l'échéance des 4 ans ;
  • 1% (soit 5 établissements) décrochent une "réserve majeure", ce qui signifie qu'ils remplissent moins de 40% des exigences de la HAS : ce constat peut conduire à une non-certification.


Source : site de la HAS


Au total, seuls 5% des établissements de santé visités verront la décision de certification affectée par une mauvaise prise en charge de la douleur… Êtes-vous concerné(e) ? Pour le savoir, vous pouvez consulter en ligne tous les résultats de certification.

Source

lundi 13 août 2012

Une liste presque officielle des structures d'étude et de traitement de la douleur chronique…

Depuis maintenant plus d'un an, il n'existe plus de liste officielle des structures d'étude et de traitement de la douleur chronique (voir article de mon blog). En effet, la parution d'un nouveau cahier des charges le 19 mai 2011 a eu pour conséquence de remettre à plat ce qui existait jusqu'alors…




L'ensemble des structures d'étude et de traitement de la douleur chronique françaises ont dû remplir un dossier pour obtenir leur labellisation par leur Agence Régionale de Santé (ARS). Engagée durant le 2e semestre 2012, cette procédure de labellisation a pris du retard : la direction générale de l’offre de soins (DGOS) du ministère de la santé est encore en phase de validation des données recueillies auprès des ARS.




Dans une circulaire récente, la DGOS demande aux ARS de valider ces données. En attendant la mise en ligne d'un annuaire complet sur le site du ministère, une des annexes de cette circulaire comprend une liste, certes provisoire mais a priori complète, des structures d'étude et de traitement de la douleur chronique labellisées… A consulter en attendant mieux…

Références

vendredi 10 août 2012

Questions / réponses sur le clonazépam (RIVOTRIL®)

De nombreux internautes consultent mon blog après avoir cherché des informations sur le clonazépam (RIVOTRIL®) dans le moteur de recherche Google. Au delà de mes 2 précédents articles ("chronique d'une mort annoncée" et "un sevrage dans la douleur"), il m'a donc semblé intéressant de refaire un point sur les nouvelles modalités de prescription et de délivrance de cette molécule, sous la forme de questions / réponses. Comme vous pourrez le constater, pour ce qui est de la prise en charge de la douleur, la réponse est toujours non…




Peut-on encore me prescrire du RIVOTRIL® ?
Oui si vous êtes traité(e) pour une épilepsie. Non si ce traitement était utilisé pour la prise en charge de la douleur, de l'anxiété, d'un trouble du sommeil, d'un syndrome des jambes sans repos… En dehors de l'épilepsie, le rapport bénéfice / risque du RIVOTRIL® a été jugé défavorable (il vous fait prendre plus de risques qu'il ne vous apporte de bénéfice, même si vous ne vous en rendez pas compte).






Mon pharmacien continue à me délivrer du RIVOTRIL® alors que je n'ai pas d'épilepsie, il me dit qu'il a le droit si la prescription est faite sur des ordonnances sécurisées. A-t-il raison ?
La réponse est non. Votre pharmacien applique les règles fixées par un arrêté daté du 24 août 2011 [1]. Il semble qu'il n'ait pas connaissance des nouvelles règles fixées par l'Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM, voir article de mon blog) en septembre 2011 [2] et mises en vigueur à la date du 15 mars 2012. Pourtant, tous les professionnels de santé ont reçu une lettre d'information très claire : prescription initiale réservée aux spécialistes en neurologie ou aux pédiatres qui devront la renouveler chaque année (les renouvellements intermédiaires pourront être effectués par tout médecin), dans le cadre de l'épilepsie.

Une consultation de la douleur peut-elle me prescrire du RIVOTRIL® ?
La réponse est non. Il m'arrive dans ma pratique d'être confronté à ce type de question ; dans certains cas c'est le médecin traitant ou le pharmacien qui conseille au patient de se retourner vers moi pour obtenir une prescription. Les médecins des structures d'étude et de traitement de la douleur chronique (voir article de mon blog) n'ont pas plus que les autres la possibilité de déroger aux nouvelles règles fixées par l'ANSM.

J'utilise le RIVOTRIL® pour mes douleurs neuropathiques depuis plus de 10 ans : ne serait-il pas plus judicieux de le continuer ?
La réponse est non. Il est très probable que d'autres molécules puissent vous apporter une efficacité équivalente sans prendre autant de risques, notamment de chutes ou d'accident par défaut de concentration ou sédation. Le clonazépam est clairement déconseillé [3] par la Société Française d’Étude et De Traitement de la Douleur (SFETD) dans le traitement des douleurs neuropathiques.

J'ai encore des réserves de RIVOTRIL® dans mon armoire à pharmacie, je peux encore prendre mon traitement pendant 6 mois. Poursuivre ce traitement jusqu'à épuisement des stocks est-il une bonne idée ?
La réponse est non. Je conseille aux patients qui sont dans cette situation d'échanger avec leur médecin traitant au plus vite car leur situation constitue une véritable bombe à retardement… En cas d'hospitalisation, cette prescription ne pourra pas être poursuivie. Le jour où ils seront définitivement en panne de traitement, ils auront à faire face à un syndrome de sevrage, dont la sévérité est souvent proportionnelle à l'ancienneté de la prise de clonazépam.

Je continue à prendre du RIVOTRIL® pour mes douleurs chroniques grâce à mes réserves : dois-je l'arrêter brutalement ?
La réponse est non. Le clonazépam est une benzodiazépine, famille de molécule pour lesquelles un arrêt brutal provoque généralement un syndrome de sevrage. Il est donc conseillé de diminuer très progressivement les doses. Il est parfois nécessaire de remplacer temporairement le clonazépam par une autre molécule de la même famille. Dans tous les cas, une réévaluation globale de la douleur chronique et de ses traitements est nécessaire : il faut alors faire appel à son médecin traitant, qui pourra s'appuyer sur la mise au point de l'AFSSAPS datée de novembre 2011 [4] et, si besoin, sur une structure d'étude et de traitement de la douleur chronique.

Le RIVOTRIL® peut-il être utilisé chez les patients en soins palliatifs ?
La réponse est non, en dehors bien sûr de l'épilepsie. Le clonazépam n'est pas la benzodiazépine de référence en soins palliatifs, il existe d'autres molécules qui font l'objet de recommandations de bonne pratique, telles que le midazolam.

Références

mardi 7 août 2012

L’IRM chez le lombalgique : c’est pas automatique (saison 1, épilogue)

Dans mon précédent post, j'annonçais la fin de la saison 1 de la série "L’IRM chez le lombalgique : c’est pas automatique".




J'ai depuis échangé via le réseau social Twitter avec Arnaud Durand (@arnauddurand), kinésithérapeute, qui m'a fait parvenir un document intéressant, diffusé par la revue ActuKiné et élaboré à partir d'un document en anglais, édité pour les patients par le Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy (JOPST).




Ce document s'intitule "Les IRM devraient être utilisées avec parcimonie pour les patients souffrant de lombalgie". Un excellent complément pour clore définitivement la saison...




Pour plus d'informations sur le thème "douleur et kinésithérapie", rendez-vous sur la curation d'Arnaud Durand : http://www.scoop.it/t/douleur-et-kinesitherapie

samedi 4 août 2012

L’IRM chez le lombalgique : c’est pas automatique (saison 1, épisode 3)

La situation clinique décrite dans mon précédent post est une illustration concrète des conséquences du mésusage de l’IRM en cas de lombalgie. Mais finalement, quelles sont les bonnes pratiques ? Dans quelles situations l’IRM est-elle indiquée ? La réponse figure dans un article qui vient de paraître dans la revue de radiologie clinique d’Amérique du Nord :
  • Tableau clinique d’atteinte radiculaire (lombalgie avec irradiation dans la jambe dans les territoires neurologiques L4, L5 ou S1 et signe de Lasègue) si un geste chirurgical ou infiltratif est envisagé
  • Tableau clinique de canal lombaire étroit (lombalgie avec irradiation radiculaire chez la personne âgée, avec claudication) si un geste chirurgical est envisagé
  • Signes cliniques en faveur d’un syndrome de la queue de cheval (rétention urinaire, incontinence fécale, anesthésie en selle)
  • Déficit neurologique sévère (faiblesse motrice progressive ou déficit moteur dans plusieurs territoires neurologiques)
  • Suspicion d’infection rachidienne (lombalgie + fièvre + infection récente et/ou usage de drogue intraveineuse)



En dehors de ces situations bien précises, l’IRM n’est pas indiquée : dans le meilleur des cas, elle n’aurait aucune influence sur la décision thérapeutique. Dans le pire des cas, elle aboutirait à des gestes invasifs inutiles et/ou iatrogènes (voir mon précédent post). Dans tous les cas, de l’argent serait dépensé bien inutilement.

Les auteurs de cet article détaillent les bonnes pratiques en imagerie du rachis : il semble qu’il soit vraiment temps de le faire, puisque le nombre d’IRM lombaires réalisées aux USA a été multiplié par 3 entre 1994 et 2004 !




Voici les points clés qui figurent en première page de cet article (à méditer) :
  • Il est démontré que les examens radiologiques lombaires réalisés de façon systématique n’améliorent pas l’évolution du patient, l’exposent à des risques inutiles et augmentent les coûts de santé
  • Les examens d’imagerie, et surtout l’IRM, ne doivent être pratiqués que chez les patients présentant un déficit neurologique sévère ou des signes cliniques spécifiquement évocateurs d’une pathologie grave sous-jacente
  • Lutter contre l’usage excessif des examens d’imagerie nécessite de travailler sur les comportements des prescripteurs, les attentes et l’information des patients, en intégrant la dimension économique
  • Les radiologues peuvent y contribuer en tant qu’experts : l’examen est-il vraiment utile ? Est-il approprié ? Les images observées ont-elles vraiment (ou non) une traduction clinique ?

 


Fin de la saison...